ARCHIVES GORDES

Consultation

Lettre 1617·XXIII, folios : 10-12
Jean de Bellièvre, sieur de Hautefort
M. de Gordes
Lettre non liée
Date non renseignée
Soleure
Valence
,

Transcription

1

Monseigneur, je vous feis un depesche par la

2

poste soudain que je fus de retour de la journée

3

de Bade, et vous respondoys au pacquet que je

4

receu sur le poinct que je y alloye, contenant les

5

lettres que vous escriviés aux sieurs des cinq cantons

6

et au colonel Craff. Jattendoys que vous en

7

escrivissiés de mesmes aux sieurs de Fribourg

8 et au colonel Heyd [barré : ct]. Depuis jay reseu 9

votre lettre du XVIIIe janvier. Je ne lairay

10

dattendre ce que vous plairra me rescrire de votre

11

bon plaisir sur ladvis du colonel Pfiffer

12

et me semble avec supportation que vous ne devés

13

mespriser ce moyen affin de chaulser les

14

esperons sil est possible à ceste outrecuydance.

15

Jay grand peine que ce pendant que lon sendoit à

16

y faire une pacification, que les huguenotz nous dressent

17

une partie pour nous prendre à l’impourveu, car

18

je vous puys asseurer quils se vantent et se font

19

fortz de beaucoup de choses tant dedans que dehors

20

le royaulme et plus que je men puys croire ;

21

mais il n’y en scauroyt avoir si peu que en lestat

22

que sont nos affères et la necessité de

23 dernière pauvreté du monde [barré : et], langueur et 24

lentitude de chacun, que ce ne fust encor trop pour

25

nous faire beaucoup de maulx. Quant à larrest de

26

Tholose, ses seigneurs nihil fecerum preter solitum

27

[10B]

28

et si nay pas opinion quilz en veuillent rien

29

rabatre moins retraicter de ce quilz ont faict,

30

il y en a qui oppugnent le roy ouvertement avec

31

rebellion manifeste, daultres qui se feignent à

32

son service ou y vont bien lachement voire sont

33

doubles. Des premiers lon se peut garder, les

34

aultres sont pieça descouvertz et ne s’y fiest-on

35

plus. Mais il y en a daultres qui nimio

36

studio et par un zèle inconsyderé renversent

37

tout et se trouveront avoir aultant fait de prejudice

38

aux affaires de sa majesté, dont il nest besoing

39

sexpliquer davantage car vous le scavés assés.

40

Il pourroyt bien estre que monsieur de Maugeron

41

gaigneroyt quelque chose sur monsieur de Saint

42

Romain, mesmes que jen scay un moyen. Mais

43 vous scavés quil y a des gens lesquels [barré : quelques 44

pouvoir de nuire] sont comme les diables

45

qui [i ?] peuvent bien nuire mais ne scauroyent

46

ayder. Croyés moi monsieur que je cognois

47

l’humeur de certains qui sont de la partie, lesquelz

48

quelque tiltre quilz ayent attribué audit sieur de Saint Romain

49

ne luy permettroient de fère sur ce que bon leur semblera

50

que pleu à Dieu quil fist autrement. En

51

somme ils en ont faict un duc de Venize.

52

Quant à ce que vous mescrivés d’Avignon je cuyde

53 comprendre le personage [barré : pour] en quel vous entendés. 54

[11A]

55

Je vous asseure en avoir advis d’Italie aussi

56

bien que de Lyon quid si le pape envoye de la

57

despense qu’il y a convenu et [en viendra] encor

58

faire à ladvenir, voloyst prendre quelque aultre

59 recompense plus près de luy, et [barré : don] y mectrant 60

l’Espagnol, doner ce mords aux huguenotz et à

61

nous avecq

62

^et peult

63

estre encor

64

quoy obtenir

65

une piece

66

pour quelqu’ung

67

de ses parties[ ?]

68

proches[ ?]

69

Je confesse qu’il n’y a pas apparence

70

mais nous sommes en un temps que, que lon veoyt

71

advenir tant de choses contre lopinion et creance

72

de tout le monde, quil ne se fault plus

73

trop asseurer de rien. Pour le moins ne

74 fault il point doubter de la mauvaise [barré : que] 75

opinion et satisfaction que l’Espagnol a de nous

76

et je vous pourroys deduire plusieur particularités

77

plus que vraysemblables. Sil[ ?] nen est vray

78 que je ne veoys pas quil [barré et] aye grand moyen 79

pour le present de lexploicter. Mais il ne faudroyt

80

que la mort d’un tiran que luy dona relasche

81 de ce cousté là. Vous scavés [barré : les] la puissance 82

quil se trouve aujourdhuy sur Montz le mauvais

83

estat de celle frontiere et comme nous sommes mal prestz [ou « preparés »]

84

je suys en attente des premières nouvelles que

85

vous aurés de monsieur d’Evènes après l’abouchement

86

dont vous mescrivés.

87

Quant à messieurs voz frères, ilz ne scauroyent

88

faire que je ne leur soye serviteur et pour l’honeur de

89

vous et pour ce que je les repute dignes d’estre aymés et

90

[11B]

91

honorés et ne me trouveront jamais moins prest et

92

affectioné à leur faire service. Bien suys je deplaisant

93

de laccident dont m’escrivés. Certainement vous les

94

conseillies très prudemment. Il nest jamais bien

95

d’estre à la misericorde dune populasse

96

et ne leur est pas possible clorre leur porte

97

à ceux de la religion qui les vont visiter dont se

98

peuvent engendrer en ce temps mille soubsons

99

et ensuyvre mille indignités. Au surplus

100

vous avés faict chose digne de votre bonté et

101

generosité accoustumées dont je veux esperer

102

que vous ne vous repentirés point. Il fault que ces

103 messieurs [barré s’en] taillent bien large sur votre drap 104

puyce quils vous font reduire la perte à si peu,

105

me souvenant de ce que jen [ajouté : ay] aultresfoys ouy

106

dire mais il ne durera pas si Dieu

107

plaict. Dieu doint bonne vie à qui la

108

tient affin qu’il ne vous faille pas si souvent

109

retourner à Rome pour achepter si chaire le plomb.

110 A ce que je veoy celuy pour qui [barré : pour] vous vous affectionnés 111

si fort na laissé de ne vous espargner. Hic ille

112

morbus est. A cela peut on / [ajouté : / penser] que sil na esté de

113

la partie elle peut bien neantmoins avoir esté

114

dressée de son sein. Il est tenu bien sage. Si est

115

ce que vous ne veistes jamais homme de sa qualité

116

et reputation qui pour moins dapparence de ce quil aime et

117

desyre se declarast plus tost asseurés vous, Monseigneur,

118

qu’il doit avoir prinse quelque opinion de ce que l’homme

119

qui vous a escrit du Pont Saint Esprit monstre desperen.

120

[12A]

121

Mais vous estes si sage que vous ne , [ajouté : , vous en] donerés ne peine

122

ne soucy ; de ma part, ce dont je me plaignoys

123

mest dejà passé.

124

Monseigneur je suys entierement de votredit advis

125

touchant les moyens de venir à la pacification

126

et vous promectz quil y a déià quelques jours que jen ay

127

escrit de mesmes à la court. Je die avec quelque

128

discours que je vous pourroys ar[an]guer un jour.

129

Je suys bien ayse du bon portement de monsieur de

130

Laval. Le gentilhomme est peu de jours à son des[ ?].

131

On tient que Mildebourg a esté envitallé

132

Jusques à Pasques, non obstant la route de

133

l’armée du grand commandeur et ce par lettre

134

du XIIIe fevrier dernier.

135

Monseigneur, je me recommande t[rès] humb[lemen]t la m[ienn]e

136

à votre bone grace et supplie le Createur

137

quil vous done en parfaicte santé

138

très longue et heureuse vie. De

139

Soleure, le VIIIe jour de mars 1574

140

Votre très humble et très affectionné

141

serviteur

142

Bellievre